
Il y a cent ans, partisans et adversaires de la vaccination se demandaient déjà si elle n’était pas plus liberticide que médicale.
« En 1889, Pasteur s’impose comme la figure du Grand Homme, bienfaiteur de l’humanité et savant républicain. Ses travaux sont érigés en étape décisive, non seulement dans l’affirmation de la médecine moderne, mais aussi dans la promotion de l’idéologie scientiste et progressiste qui s’impose au cœur du projet républicain. À l’inverse, ses adversaires, pourtant nombreux, sont délégitimés et ravalés au rang d’irréductibles réactionnaires et de parfaits incompétents. De fait, Pasteur impose un nouveau modèle de la ‘science en train de se faire’ : une science de laboratoire, tenue à l’écart de l’opinion, voire secrète. Par là, elle semble correspondre au modèle d’une République qui promeut un nouvel ordre social et politique, fondé sur la raison dans sa version pédagogique, faite pour justifier la domination coloniale, sociale et sexuelle. »
Les « microbes » participent ainsi à la formation d’une forme de démocratie « moderne », entre élections et affirmation de la société civile, en faisant émerger une forme de solidarité et de responsabilité fondée sur la pratique vaccinale. Et une nouvelle figure du savant et médecin que la République met à profit pour sortir de la crise de légitimité politique à laquelle elle fait face au tournant du siècle.
Partant d’une analyse des débats contemporains sur la vaccination, ce livre revient sur la victoire de la médecine pastorienne pour mettre au jour les dynamiques autour desquelles se nouent les rapports entre l’histoire politique, celle de la République, et l’histoire de la médecine. Qu’est-ce qui rend le vaccin aussi clivant et semble immédiatement situer ses partisans ou ses adversaires sur le terrain de la défense ou de l’opposition au modèle républicain ? Prenant pour objet l’étude des discours et arguments des opposants à Louis Pasteur et à ses recherches, cet ouvrage analyse les enjeux politiques et sociaux dans les débats sur les questions vaccinales.
Professeur à Paris-I Panthéon-Sorbonne et directeur du Centre Mahler, le spécialiste d’histoire des sciences Jean-Luc Chappey est notamment l’auteur de La Révolution des sciences : 1789 ou le sacre des savants (2020) et Sauvagerie et civilisation. Une histoire politique de Victor de l’Aveyron (2017).We publiceren alleen reviews die voldoen aan de voorwaarden voor reviews. Bekijk onze voorwaarden voor reviews.